Maladie d’Alzheimer et apnée du sommeil : des mécanismes mieux compris

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Jusqu’à présent, les scientifiques cherchaient à comprendre les mécanismes biologiques qui associaient maladie d’Alzheimer et sommeil de mauvaise qualité dont il est connu qu’il a indubitablement des effets délétères sur le cerveau. Ces altérations provoquées par les apnées du sommeil se sont révélées, par différentes techniques d’imagerie cérébrale, dans le cerveau de personnes âgées pourtant bien portantes.

Le syndrome d’apnée obstructive du sommeil est le trouble respiratoire du sommeil le plus commun, touchant plus de 30 % de la population après l’âge de 65 ans. Chez les sujets qui en sont atteints, cette pathologie se traduit par des interruptions incontrôlées et répétées de la respiration pendant le sommeil, liées à l’obstruction temporaire des voies aériennes supérieures, au niveau de la gorge. Les apnées du sommeil sont associées à de nombreux problèmes de santé, au premier rang desquels les maladies cardiovasculaires. Cependant, cette pathologie reste assez longtemps silencieuse, si bien qu’elle est probablement sous-estimée dans la population générale.

Ces dernières années, les données scientifiques se sont également accumulées montrant un lien entre la qualité du sommeil, et notamment la présence d’apnées du sommeil, et le développement de la maladie d’Alzheimer. Néanmoins, les mécanismes biologiques qui sous-tendent cette association restaient à élucider.

Pour y voir plus clair, la chercheuse Inserm Géraldine Rauchs a mené une étude dans le laboratoire Physiopathologie et Imagerie des maladies neurologiques (Inserm/Université de Caen-Normandie) en collaboration avec le laboratoire Neuropsychologie et imagerie de la mémoire humaine (Inserm/Université de Caen-Normandie/École Pratique des Hautes Etudes – PSL). Dans ces travaux, publiés le 23 mars dans la revue JAMA Neurology, les chercheurs ont utilisé plusieurs techniques d’imagerie cérébrale afin de cartographier les changements cérébraux chez des personnes atteintes d’apnées du sommeil non traitées, à la fois sur le plan structurel et moléculaire, mais aussi sur le plan fonctionnel.

Des changements notables observés dans le cerveau

Les chercheurs ont d’abord recruté 127 participants de plus de 65 ans. En bonne santé, ceux-ci ne présentaient pas de problèmes cognitifs. Au moyen d’un appareil portatif permettant d’enregistrer à domicile leur sommeil et leur respiration au cours de la nuit, les chercheurs ont détecté la présence d’apnées du sommeil, à des degrés de sévérité variables, chez 75 % d’entre eux.

Tous les participants ont aussi été soumis à une série de tests visant à évaluer leur fonctionnement cognitif, notamment la mémoire et les fonctions exécutives. Ils ont répondu à des questionnaires portant sur les perceptions qu’ils avaient de leur fonctionnement cognitif et sur la qualité de leur sommeil. Plusieurs examens d’imagerie cérébrale ont ensuite été réalisés, afin d’étudier leur cerveau sous tous les angles et d’identifier d’éventuels changements pouvant être associés à la maladie d’Alzheimer. Si aucune différence entre les participants n’est observée en ce qui concerne leurs performances cognitives, l’imagerie cérébrale révèle toutefois plusieurs changements notables dans le cerveau des personnes atteintes d’apnées du sommeil.

En effet, chez ces participants, l’accumulation de protéine bêta-amyloïde dans le cerveau est plus marquée. Caractéristique de la maladie d’Alzheimer, cette protéine s’accumule sous forme de plaques qui, selon leur distribution dans le cerveau et leur densité, peuvent conduire à l’apparition de signes cliniques de la pathologie. Par ailleurs, les chercheurs ont observé une augmentation de la masse de matière grise et de la consommation de glucose, suggérant la présence de processus inflammatoires dans le cerveau.

Les liens entre maladie d’Alzheimer et qualité de sommeil mieux compris

« À l’heure où les essais cliniques visant à tester des traitements contre la maladie d’Alzheimer ne sont pas encore couronnés de succès, l’identification de facteurs de risque et de protection sur lesquels agir intéresse de plus en plus les chercheurs. Grâce à l’utilisation de plusieurs méthodes d’imagerie cérébrale, cette étude nous a permis de préciser les mécanismes expliquant les liens entre qualité du sommeil, risque de déclin cognitif et de maladie d’Alzheimer, explique Géraldine Rauchs. Cela ne veut pas dire que ces personnes vont nécessairement développer la maladie, mais elles présentent un risque plus élevé. De plus, il existe des solutions efficaces pour traiter les apnées du sommeil. Détecter les troubles du sommeil, notamment les apnées du sommeil, et les traiter ferait donc partie des moyens pour favoriser le vieillissement réussi ».

Pour poursuivre ces travaux, la chercheuse et son équipe s’intéresseront désormais à l’impact du traitement des apnées sur l’évolution des lésions cérébrales et analyseront également les différences entre le cerveau des hommes et des femmes souffrant d’apnées du sommeil.

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Une cure de sommeil contre Alzheimer ?

Une nouvelle étude fait le lien entre le sommeil et la formation de plaques séniles, des structures présentes en quantité abondante dans le cerveau de personnes souffrant d’Alzheimer. Ces résultats pourraient conduire à des thérapies visant à améliorer la qualité des nuits pour limiter le développement de la maladie.

Article d’Agnès Roux, publié le 25 octobre 2013

La maladie d’Alzheimer est une forme de démence qui s’accompagne d’un déclin progressif des fonctions cognitives. Les personnes touchées perdent peu à peu la mémoire et ont des difficultés d’apprentissage. Elles ne sont plus capables d’affronter la vie quotidienne et ont généralement besoin d’une assistance médicale. Selon l’Inserm, 860.000 Français étaient touchés par cette pathologie en 2010. Ce chiffre ne cesse d’augmenter et devrait atteindre les deux millions en 2020.

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Le vieillissement de la population fait de la maladie d’Alzheimer une priorité de santé publique dans tous les pays développés. Selon le CépiDC (Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès), la maladie d’Alzheimer et les autres démences (MAAD) seraient la quatrième cause de décès en France.

La première description de la maladie fut réalisée en 1906 par le médecin allemand Aloïs Alzheimer qui observa des plaques suspectes dans le cerveau d’une de ses patientes décédées. Ces structures ont ensuite été appelées plaques séniles, ou amyloïdes, car elles découlent de l’accumulation d’une protéine, la bêta-amyloïde, entre les neurones. Ces amas apparaissent naturellement avec le vieillissement, mais s’agglutinent en beaucoup plus forte quantité chez les patients atteints d’Alzheimer. L’origine de cet entassement accéléré des bêta-amyloïdes reste cependant mystérieuse et fait l’objet de nombreuses recherches.

Qui dort bien protège son cerveau

Des chercheurs de l’université Johns-Hopkins à Baltimore viennent de progresser sur ce sujet. En épluchant un corpus d’informations, ils se sont rendu compte que les personnes atteintes d’Alzheimer dormaient généralement moins longtemps et moins bien que les autres. Ils se sont alors interrogés sur le lien entre le sommeil et le développement des plaques séniles. Ils avaient vu juste : leur étude, publiée dans la revue Jama Neurology, confirme cette association.

Pour cette étude, les scientifiques ont sélectionné 70 candidats en bonne santé et âgés en moyenne de 76 ans. Dans un premier temps, ils les ont questionnés sur leurs habitudes concernant le sommeil : temps d’endormissement, nombre de réveils nocturnes, difficulté à trouver le sommeil, réveil anticipé, etc. À partir de plusieurs technologies d’imagerie médicale, ils ont ensuite observé la répartition et la quantité de plaques amyloïdes dans leur cerveau.

Une thérapie par le sommeil ?

En compilant ces données, les auteurs ont montré un lien entre l’accumulation de plaques séniles, la durée et la qualité des nuits. Cependant, le nombre de réveils nocturnes ne semble pas influencer la formation de ces amas dans le cerveau. Ces résultats vont dans le même sens qu’une étude récente montrant que le cerveau se débarrassait de ses détritus et toxines à un débit élevé durant l’endormissement. Ces chercheurs avaient en particulier montré que les bêta-amyloïdes étaient éliminées deux fois plus rapidement pendant le sommeil, chez des souris.

L’ensemble de ces résultats renforce l’idée qu’il est important de ménager son sommeil pour conserver un bon équilibre de vie. Et la maladie d’Alzheimer n’est pas l’unique raison. Des travaux ont également montré un lien entre un manque de sommeil et d’autres maladies comme le diabète, les problèmes cardiovasculaires, l’obésité, les troubles dépressifs et la maladie de Parkinson. Dormir favoriserait également la production de myéline dans le cerveau et pourrait diminuer la progression de la sclérose en plaques. « On pourrait développer des thérapies pour améliorer le sommeil et diminuer le risque de la maladie d’Alzheimer, et d’autres pathologies associées au manque de sommeil », conclut Adam Spira, principal auteur de l’étude.